Mercredi 26 septembre 2007

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Avant de commencer ce journal, j'éprouve le besoin de remonter le fil de ma jeune vie. Qui sait ? Peut-être que ces pages seront lues un jour ? Alors autant me présenter


Je m'appelle Anaël. Je suis un elfe sylvestre. Ma communauté est blottie à l'orée de la forêt de Brocéliande. Mes cheveux sont aussi noirs que l'ombre épaisse de la nuit et mes yeux aussi clairs que l'eau glacée d'un lac en hiver.

 

Ma mère est issue d'une longue lignée de mages et de sorcières. Elle est née près de l'océan, dans un village des Montagnes Noires, en ce lieu que les humains nomment "Bout du Monde". Les êtres de cette famille sont réputés pour connaître les plantes qui soignent, mais aussi celles qui apportent souffrance et mort. Ils savent également bouter le feu, par incantations ou simplement en imposant les mains, et peuvent lire le passé ou l'avenir dans les cendres. Mais, surtout, certaines femmes de ce lignage sont appelées à servir aux côtés de l'Ankou, le messager de la mort en ce pays, et deviennent ainsi des "Gardiennes d'âmes".

 

De ma mère je n'ai que peu de souvenirs. Je la revois préparant onguents et potions. Je m'asseyais près de la cheminée, pelotonné bien au chaud, enveloppé dans une couverture. Ses longs cheveux noirs retombaient en une magnifique cascade de boucles sur son dos. Leur noirceur n'avait d'égal que ses yeux, brillants et mystérieux, qui semblaient plonger dans les profondeurs de votre âme... La table était recouverte de feuillages, fleurs et branchages, de flacons de toutes les couleurs, d'épices, et de bon nombre d'ustensiles. Elle psalmodiait des incantations, et quelquefois chantonnait. Je m'endormais en écoutant sa douce voix rassurante, tout enveloppé de vapeurs chaudes et odorantes.

 

Mon père, lui, est un elfe des forêts. Il appartient à une tribu nomade des terres ligériennes. Sa peau est d'une blancheur de porcelaine et ses yeux sont gris comme l'océan en colère. Ses cheveux fins et lisses sont d'une blondeur nordique, héritage de ses ancêtres aventureux venus des terres lointaines au-delà des mers.

 

Ma mère l'a séduite à la manière de toutes les sorcières : avec force incantations et autres filtres d'amour, jusqu'à lui faire perdre la raison et ainsi l'éloigner de son clan.

 

Mais c'était sans compter le sablier du temps qui égrenait chaque seconde vers son inéluctable destinée...

 

L’Ankou est venu lors d’une nuit sans lune.

 

Elle l’attendait, sereine, belle et froide comme les roches de granit de notre terre. Elle avait mis sa plus belle robe : dentelle blanche et velours noir, ses gants du dimanche, et sa jolie coiffe brodée retenait le flot de ses cheveux de jais.

 

Elle a suivi le sombre personnage. Sans un regard en arrière.

 

Libéré des enchantements mon père est parti rejoindre sa tribu nomade. Lui non plus n’a jamais regardé derrière lui…

 

Je n’ai versé aucune larme, mais depuis mon cœur saigne.

 

C’est le vieux Messlin qui m’a recueilli. Conseiller à la cour du roi, il n’était pas souvent à la maison. Quand il était là, il s’enfermait dans son bureau, emmuré dans une tonne de papier. Il avait toujours de l’encre sur ses doigts et sur ses vêtements.

 

J’étais aussi libre et sauvage qu’un oiseau. Je passais mon temps dans la forêt, à observer la nature et communier avec les éléments. De temps à autre l’instituteur venait à la maison dire à mon tuteur sa façon de penser quant à mes perpétuelles absences de l’école. Mais je me sentais étouffer dans ces murs, alors je fuguais. Messlin « poussait sa gueulante » et je me retrouvais pour quelque temps emprisonné sur les bancs de l’école, entouré par les regards sarcastiques, mais aussi apeurés, des autres élèves qui ne me prenaient rien de moins que pour le fils d’un démon !

 

Je me suis toujours dit que le conseiller ne m’avait pas recueilli par charité d’âme, mais juste parce qu’il fallait que quelqu’un le fasse. Et il est vrai que si je n’ai jamais manqué de rien je n’ai jamais eu non plus de tendres égards de sa part.

 

Peu d’elfes de mon clan possèdent des prédispositions pour la magie, il y a cependant quelques très bons mages. A 14 ans j’ai voulu rejoindre leur communauté pour apprendre à me servir de mes dons… et me suis fait rejeter d’office et avec empressement ! Les elfes sylvestres sont véritablement opposés à toute forme de magie noire : l'héritage que ma mère m’a transmis les consternent littéralement.

 

C'est à peu près tout ce qu'il y a à dire de moi, au jour d'aujourd'hui.

 

Mon tuteur a décidé de me confier à la garde royale, où, d'après lui, on saura me "dresser". Et voilà. Je suis convoqué demain à la caserne pour l'accueil des nouveaux cadets. Messlin m'a chaudement recommandé de ne pas terroriser mes camarades de promotion, d'essayer de paraître sociable et, si possible, un tant soit peu discipliné...

 

Demain le début d'une aventure...

 

C'est dur de coucher ces mots sur le papier, mais c'est assez libérateur. Je pense que je vais continuer assidûment ce journal.  

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par anael communauté : L'écriture dans tous ses états
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Mercredi 3 octobre 2007

Je me suis levé très tôt, ce matin. De toute façon je n’ai pas beaucoup dormi, vu l’état d’anxiété et d’excitation dans lequel je me trouve.

 

Messlin est rentré très tard hier soir, car les conseillers financiers dressent en ce moment le bilan de la fête de l’Automne. Du coup j’étais déjà couché. Cela m’embête un peu de partir sans lui dire au revoir. Je tapote timidement à la porte de sa chambre et j’entrouvre la porte… pour m’apercevoir qu’il est déjà reparti ! Je descend, un peu déçu, à la cuisine, et là une belle surprise m’attend : il y a sur la bonne vieille table de chêne un petit mot d’au revoir et une besace contenant quelques pommes et fruits secs (noisettes, noix et amandes) ainsi qu’un petit couteau solide et bien affûté dont le manche en bois verni est richement gravés de fleurs et de feuillages. Cette attention me touche beaucoup, car franchement inattendue ! Mais bon, il a peut-être aussi fait un effort parce qu’il est content d’être débarrassé de moi…

 

Je referme bien ma cape et m’élance dans une brume dont le froid humide me glace un peu. Marcher à vive allure me fait un bien fou. Du coup j’arrive en avance. La caserne est située juste à côté du Palais Royal. Elle est d’ailleurs de même facture que celui-ci, avec cependant moins de fioritures sur la façade.

 

Je me présente aux gardes de la porte principale et on me dirige vers une très grande salle ou sont alignées une bonne cinquantaine de chaise. Je me colle près d’une fenêtre et me recroqueville sur mon siège. Qu’est ce que je fais là ? Moi, l’éternel indiscipliné, je vais rentrer au sein de la garde royale !

 

Petit à petit la salle se remplit. Beaucoup de jeunes arrivent par groupes. J’en reconnais quelques-uns, qui étaient dans la même école que j’ai (peu) fréquenté. Dès qu’ils me voient, ils se poussent du coude, et des petits rires à peines contenus volent dans tous les sens. Mais il suffit que je leur jette un regard noir pour qu’ils se détournent vivement : apparemment ils ont toujours aussi peur de moi qu’avant.

 

Enfin les gradés arrivent, les bras chargés de parchemins. Le capitaine en impose. On sent d’office l’homme d’expérience auquel il ne faut surtout pas désobéir.

 

C’est le début des discours. Bla bla bla en quantité : Fierté, devoir, honneur, discipline… Et enfin la répartition de la promotion par équipe de 10 élèves chacune.

 

A l’appel de mon nom, j’entends quelques chuchotements s’élever autour de moi. Je ne saisi pas l’intégralité des commentaires, mais ils sont tous du style « heureusement qu’il n’est pas avec nous, celui-là ! ».

 

Je rejoins mon équipe et je ne peux que constater les regards qu’ils se lancent entre eux. Tous… sauf un, qui me regarde et me sourit. A moi ! c’est bien la première fois… Ce n’est pas un sourire ironique ou narquois comme j’en ai l’habitude, mais un sourire franc et sincère. Je n’en reviens pas.

 

Nous nous rassemblons autour du gradé qui est notre instructeur référent. Celui-là me paraît antipathique d’office. Ça commence bien…

par anael
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Mercredi 3 octobre 2007

On nous a remis nos uniformes de cadets, puis on a visité l'ensemble de la caserne, guidés par notre référent, le lieutenant Lodred.

 

C'est immense. Je me sens un peu perdu, mais les autres le sont aussi je pense.

 

Puis on nous a expliqué comment se passera notre initiation au métier de Garde Royal.

 

En premier cycle les cours concernent l’apprentissage des bases. Chaque journée a son thème : équitation, escrime et techniques de combat (à l'épée, au poignard, à mains-nues), tir à l'arc, enseignement général : histoire et géographie des nations elfiques, patrimoine, littérature, étiquette (réglementation royale), vie communautaire... Je suis surpris de voir des matières d'enseignement général au programme. Apparemment ils veulent des gardes cultivés. Moi je sens que les cours en salle vont me donner la migraine !

 

En plus des cours, des corvées sont réparties entre les équipes. Les attributions changent régulièrement : nettoyage des locaux, aide aux cuisines, aide à la blanchisserie, entretien des écuries...

 

Il n’y a pas d’examen à l’issu du premier cycle. On peut soit intégrer directement la garde, soit, si on a un bon dossier, passer en second cycle qui est la préparation à l’école d’officier.

 

Si on accède à cette deuxième option, il y a à la fin du cycle 2 un examen théorique et pratique qui semble plutôt ardu. Si le résultat est excellent on peut entrer en école d'officier, s'il est moins bon on peut néanmoins intégrer la garde avec un grade de caporal ou de sergent. Voilà pour le parcours d'apprentissage que l'on peut espérer faire.

 

En fin de journée nous avons obtenu du temps libre pour installer nos affaires dans la chambrée et faire connaissance entre nous. J'appréhendais à juste titre. Je n'ai pas été déçu...

 

J'étais pourtant sur mes gardes, mais plusieurs d'entre eux avaient très envie d'en découdre avec moi. Impossible pour moi d'utiliser la magie noire pour me sortir de la situation. Si je me fais renvoyer dès le début Messlin ne me le pardonnera jamais.

 

Ils m'ont coincé dans un couloir. Et comme je ne suis pas vraiment doué en combat physique je suis bigrement amoché. Je rumine déjà ma vengeance.

 

Sauf que... Je me suis fait un ami. Un vrai. Celui qui m'a sourit ce matin est venu vers moi. Il m'a aidé à soigner mes blessures. Il s'appelle Lissandre, et avec lui je me sens vraiment bien. Enfin une éclaircie dans ma vie.

 

Ouch ! Voilà le garde de nuit. Extinction des feux.

 

Je planque mon journal, il est hors de question qu'un de mes camarades "bien attentionné" ne tombe dessus !

par anael
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Lundi 8 octobre 2007

Pour acquérir une bonne assiette, les premiers cours ont lieu « à cru », c’est-à-dire sans selle. Ça m’inquiète un peu.



Les écuries sont propres et bien rangés. Les chevaux ont entendus nos pas et des têtes curieuses sortent des boxes, les oreilles pointées en avant, les naseaux frémissants.

 

Le sergent-instructeur Mablun nous laisse choisir notre monture. D'office mon choix se porte sur un joli petit cheval noir. Il n'a pas l'air d'être de tout premier âge, comme la plupart de ces chevaux destinés à l'apprentissage, et pourtant il semble vif et éveillé, franc, joyeux presque. Sa longue crinière est bien fournie et sa robe est soyeuse et brillante. Il est de taille moyenne mais bien bâti, les jambes fortes, les pieds larges. De jolies franges crantées retombent sur ses sabots. Son nom est noté sur une plaque : Azrel.

 

Je lui caresse doucement les naseaux et remonte vers le front où je lui offre quelques gratouilles. Il a franchement l'air d'aimer ça. Je rentre dans le box et lui flatte l'encolure, chaude et douce sous son épaisse crinière. là, c'est clair, il adore ! Il me pousse gentiment avec sa tête et essaye de fourrer son nez dans mes mains à la recherche de quelque friandise. Quel bon choix ! Nous allons êtres de bons amis.

 

Le cheval de Lissandre est un petit alezan fin et nerveux. Quand je l'interroge sur son choix il me répond en riant :

 

- Je vais te laisser bien loin derrière, avec ton gros noiraud ! Tu ne verras qu'un éclair roux passer devant toi !

 

Et il m'explique que sa famille possède un élevage de chevaux, et qu'il a passé le plus clair de son temps sur le dos d'un cheval durant son enfance. Nul doute que Lumios a été choisi bien soigneusement.

 

On nous apprend à préparer notre cheval : bouchonner, démêler et peigner crinière et queue, curer les sabots, mettre le filet. Azrel se laisse gentiment faire. Il prend le mors sans difficulté quand je lui présente.

 

Puis on prend le chemin de la carrière d’instruction, en marchant à côté de nos montures que l’on tient par les rênes.

 

C’est le moment de monter à cheval. Je me place à côté de son garrot et j’attrape une poignée de crinière, je pose l’autre main sur la croupe et… Azrel a beau être de taille moyenne, il me paraît un peu trop grand à mon goût. Je ne sais pas comment je vais atterrir là-haut, mais ça ne sera certainement pas avec délicatesse !

 

Je regarde autour de moi : plusieurs de mes camarades sont déjà sur le dos de leur cheval. Il faut dire que la plupart d’entre eux ont déjà des rudiments d’équitation. Cependant je vois que certains petits futés utilisent la barrière de bois comme marchepieds. Trop tard, l'instructeur commence à se diriger vers moi, l’air ironique.

 

Je n’ai pas envie de faire l’objet de toutes les attentions dès le début… C’est parti. Je pousse sur mes jambes, et en « deux temps trois mouvements » me voici juché sur le dos d’Azrel. Je ne sais pas trop comment j’ai fait, ni si j’arriverai à le refaire. Ouf, le moniteur se détourne vers un autre traînard, certainement un peu frustré de ne pas avoir pu m’envoyer une raillerie de son crû.

 

J’écoute attentivement les explications. Concentration intense : nous allons apprendre à avancer. A l’écouter ça n’a pas l’air très compliqué. J’ajuste mes rênes jusqu’à sentir un contact avec la bouche de mon cheval et je presse le ventre avec mes mollets… rien ne se passe. Azrel fouette mollement l’air avec sa queue et mâchouille tranquillement son mors. Bon. Je referme mes mollets à nouveau. Toujours rien.

 

- Ouvre tes doigts et donne un peu plus de jambes, sinon ton cheval va s’endormir sur place et nous avec…

 

Magique. Azrel avance. Son dos est large et confortable. Il faut dire qu’il n’est franchement pas maigre. J’ai de la chance car j’en vois déjà quelques uns qui grimacent. Le pire est à venir : le trot. Je m’accroche tellement à la crinière que quelques crins me restent au creux de la main.

 

En fin de séance notre moniteur n’a pas l’air mécontent. Apparemment il arrivera à faire quelque chose de nous !

par anael
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Lundi 15 octobre 2007
Il fait de plus en plus froid. L’humidité commence à pénétrer dans nos locaux aussi nous avons rapporté du bois en quantité dans les chambrées pour alimenter les cheminées. Hier soir j’y ai vu une bonne occasion pour me venger. Mais je n’avais pas prévu que Lissandre me verrait récolter des cendres dans l’âtre ce matin. Il a bien compris que je préparais quelque chose en cachette, et que ce « quelque chose » n’était pas très clair.

 

Il attend que le dortoir se vide et fonce sur moi d’un air décidé.

 

- Tu crois que je ne t’ai pas vu ?

 

Je le regarde d’un air que j’essaye de rendre le plus angélique possible

 

- De quoi tu parles ?

 

- Qu’est-ce que tu vas faire avec ces cendres ?

 

Je marmonne en levant les yeux au ciel. Je vais bien être obligé de lui dire la vérité, Lissandre ne mérite pas que je lui mente.

 

- Bon d’accord, j’avoue que j’avais bien envie de me venger en m’aidant un peu de la magie noire…

 

Il me regarde d’un air mi-furieux, mi-dégoûté

 

- Non mais t’es pas dingue ? Et QU’EST-CE QUE TU VOULAIS FAIRE ???

 

- Oh ça va ! Baisse d’un ton !… Rien de bien méchant… Il suffit juste de tracer quelques dessins à la cendre sous le lit…

 

- Et ?

 

- Ils auraient peut-être été un peu malades…

 

- Un peu ?

 

- Bon, d’accord ! Mais quoi ? Je dois les laisser se défouler sur moi sans répliquer ?

 

- Il y a une manière de le faire, et la magie noire ce n’est pas loyal !!!

 

- Ha bon ? Parce que me taper dessus à deux c’était loyal, sans doute ? En plus ils sont beaucoup plus fort que moi, je te rappelle !

 

Je garde toujours en effet le souvenir douloureux des coups puissants et précis d’Ewen.

 

Lissandre sourit.

 

- J’ai réglé le problème. Je suis allé les trouver et je leur ai dit que la prochaine fois nous serons deux.

 

Je ferme les yeux un instant en pensant à ce qui va se passer…

 

- Ho non, Lissandre, ils vont te le faire payer…

 

Il éclate de rire.

 

- Ne t’inquiètes pas pour moi, je sais me défendre, et je te rappelle que je connais bien Ewen et Aloïs, j’ai passé toute ma scolarité avec eux ! Ils ne sont pas aussi méchants que tu le penses. Ils ont peur de toi, c’est tout.

 

Je me laisse tomber sur le lit en soupirant.

 

- Je me demandes bien qui a peur de qui.

 

Lissandre s’assoit à côté de moi et passe son bras sur mes épaules.

 

- Arrête de jouer les victimes. Tu n’es plus seul maintenant. Et évite d’utiliser la magie noire. Ton âme est bien plus belle que tu veux le faire croire. En tout cas elle est beaucoup trop belle pour ça…

 

Après ça la journée c'est à peu près bien déroulée, composée cependant que de cours en salle avec Lodred... Un vrai bonheur. En tout cas l'intervention de Lissandre auprès d'Ewen et d'Aloïs semble avoir porté ses fruits : ils ne paraissent plus me voir, comme si j'étais soudainement devenu transparent. Parfais ! C'est une réelle amélioration, je ne demande pas mieux que l'on me laisse tranquille.

par anael
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Mercredi 17 octobre 2007
Ce matin nous sommes tous un peu excités : nous allons enfin visiter le palais royal.

 

Nous suivons Lodred dans les longs couloirs et en très peu de temps je perd le sens de l’orientation. Après deux ou trois escaliers je suis complètement perdu. C’est un vrai labyrinthe. Nous arrivons face à une grande porte de chêne à deux battants, richement sculptée et gardée par quelques collègues : voici une des « frontières » entre la caserne et le palais.

 

Une fois passée la porte c’est un autre décor que les murs blancs et le dallage de pierres de ce passage qui nous accueille : fresques sur les murs et le plafond, dorures et lustres de cristal, parquet marqueté au sol. Tout le clinquant et le faste que l’on attend d’un logement royal. Bientôt nous nous retrouvons dans une véritable fourmilière de conseillers, de gardes, de nobles. Nous restons serrés et suivons docilement notre instructeur. Celui-ci nous explique le fonctionnement du Palais, ses codes et ses règles de vie. En tant que gardes nous devons nous borner à suivre strictement les ordres, et surtout « ne rien voir » et « ne rien entendre » des affaires personnelles de la haute sphère si nous ne voulons pas avoir de problèmes. C’est vrai que le palais n’a jamais eu à subir quelque attaque que ce soit… Bon, le ton est donné. Restons à notre niveau. Apparemment nous faisons partie du décor, une sorte de « tradition folklorique », en quelque sorte.

 

Nous allons visiter les différents cabinets de conseillers. C’est ici le cœur de l’activité du royaume. Lorsque nous arrivons chez les conseillers financiers, je vois de suite où ce situe le bureau de Messlin : c’est le plus encombré de grimoires et de parchemins de toutes sortes. Et derrière une pile impressionnante de manuscrits apparaît le haut de la tête de mon tuteur, visiblement très absorbé par une page entièrement noircie de chiffres.

 

Lodred entâmes son petit discours sur la gestion des finances du royaume, pendant que les conseillers s’affairent. Visiblement notre petite intrusion ne les troublent pas, il faut dire que toutes les nouvelles équipes de cadets se succèdent cette semaine dans les visites.

 

Lorsque nous sommes près à sortir du bureau Messlin s’approche du lieutenant :

 

- Est-ce que je peux vous emprunter un de vos cadets quelques secondes ?

 

Messlin m’attrape le bras, sans attendre la réponse de Lodred qui reste quelque peu interloqué, et m’emmène vers ses confrères pour me présenter. Il paraît manifestement fier de son pupille. Moi je suis un peu gêné de me trouver un instant le centre d'intérêt, mais bon, pour une fois que mon tuteur semble s’intéresser à moi…

 

Ensuite nous nous dirigeons vers les appartements royaux. Lodred en profite pour me foudroyer du regard et me lancer quelques remarques.

 

Nous voici dans le vestibule, sorte de salle d’attente pour les personnes qui souhaitent s’entretenir avec le roi Tavros, sous rendez-vous bien sûr. La pièce n’est pas très grande mais décorée avec goût, tout en harmonie de tons verts. Outre les fauteuils recouverts de velours, les lourdes tentures moirées, les grands miroirs dorés qui donnent de la profondeur à la pièce, les fragiles opalines exposées sur de belles commodes cirées et les tapisseries richement brodées de dessins représentant avec goût le monde végétal et animal, ce sont les superbes blasons et les épées accrochés sur les murs qui attirent notre regard.

 

Nous n’en verrons pas plus. Nous avons cependant croisé tout au long de notre visite quelques personnages importants : le Grand Conseiller, qui est le principal interlocuteur du roi concernant les affaires du royaume, notre Capitaine accompagné de son Premier Lieutenant, et une des filles du roi, la Princesse Loriane, certainement la rencontre la plus marquante pour nous tous. C’est vraiment une belle jeune fille, aussi fraîche et délicate que les jolies fleurs qui sont entrelacées dans ses nattes ambrées. Je crois bien que ses beaux yeux verts nous ont tous troublés !

par anael
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Samedi 20 octobre 2007
C'est notre premier cours d’escrime aujourd'hui. Nous entrons avec une hâte non dissimulée dans la grande salle d’instruction. Le sol est revêtu d’un parquet suffisamment usé pour témoigner des générations de gardes qui s’y sont entraînés. Le mur du fond est recouvert de grands miroirs, sans doute pour pouvoir corriger nous-même nos positions. Une petite porte donne un accès direct à la salle d’armes que nous visitons d’emblée.

 

Puis nous faisons plus ample connaissance avec le lieutenant Maël, notre instructeur de combat à l’arme blanche.

 

D’allure noble et distinguée, qui pourrait sembler froide au premier abord, il s’avère en fait être ouvert et disponible pour ses élèves. Il nous parle avec passion de l’escrime. On le sent véritablement vibrer pour son art, du coup il nous donne fortement envie d’essayer.

 

Il nous fait une démonstration avec son assistant. Impressionnant. On sent une véritable fusion entre son corps et sa lame. L’assistant, qui semble pourtant lui aussi bien aguerri au maniement de l’épée, a du mal à suivre les coups rapides et précis du maître.

 

Enfin nous commençons le travail, mains libres au début. Maël insiste bien sur la position du corps. Nous commençons donc l’entraînement par un échauffement composé d’exercices d’assouplissements. Ensuite nous travaillons les positions : placements des bras, des jambes, mouvements du poignet, fentes… Pour lui c’est tout le corps qui doit s’engager dans le combat, nous devons donc l’exercer en conséquence.

 

Puis il nous remet nos armes d’apprentissage : de légers fleurets boutonnés. Nous apprenons à tenir correctement notre épée, sans trop serrer les doigts mais sans trop les relâcher aussi. Il nous fait exécuter quelques mouvements simples, et nous devons garder à l’esprit que notre arme doit devenir le prolongement naturel de notre bras. Nous passons ensuite à quelques estocades et les parades qui leurs sont associées, puis nous nous plaçons deux par deux pour les premiers essais. Mon choix se porte naturellement sur Lissandre.

 

En fin de séance nous sentons tous nos bras et nos jambes se raidir. Fatigués et endoloris mais véritablement ravis de cette journée passionnante.

par anael
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Samedi 20 octobre 2007
Nos organismes commencent à accumuler de la fatigue. Entre l'équitation, l'escrime et le tir à l'arc, plus les corvées qui reviennent un peu trop souvent à notre goût, nous avons un peu de mal à suivre le rythme. Aussi, dès que nous pouvons enfin nous rendre au dortoir nous nous précipitons tous dans nos lits pour sombrer immédiatement dans un sommeil réparateur.

 

Mais cette nuit... Patatras ! Nous voilà réveillés avec fracas par des sous-officiers qui nous hurlent dans les oreilles.

 

Impossible d'ouvrir correctement les yeux. Quelle galère ! Mais qu'est-ce qu'il se passe exactement ? Ouille, c'est dur de réfléchir mon cerveau dort encore... D'après ce que je peux saisir des vociférations de nos amis gradés nous devons nous habiller et nous rendre dans la grande cour. Maintenant ??? Mais ça va pas non ?

 

Bon. Apparemment ils ne plaisantent pas. Un rapide coup d'œil me confirme que tout le monde est dans le même état que moi. Nous enfilons nos uniformes avec plus ou moins d'habilité (plutôt moins que plus, d'ailleurs). Aaarg... Enfiler ses bottes en pleine nuit : un vrai bonheur !

 

Et là, c'est avec une joie indescriptible que je vois Lodred arriver dans la pièce. J'adore la tournure que prend ces évènements. Il a l'air aussi joyeux que nous de se retrouver debout à cette heure. Il nous passe en revue. Ne sommes-nous pas magnifiques ? Rodric n'a pas encore mis ses bottes, Aloïs a perdu sa ceinture, Gaël et Lissandre n'ont pas boutonnés leur veste, moi... et bien moi j'ai les cheveux en bataille, et Sosthène est si paniqué qu'il est saisi de tremblements incontrôlables...

 

Lodred entre dans une colère noire. Sur ses dix élèves il n'y en pas un seul de présentable. Merci pour nos oreilles. Si nous n'étions pas encore sourd après le réveil des sous-off' nous le sommes maintenant.

 

Après une rapide correction de notre apparence, nous le suivons (en ordre, s'il vous plaît) jusque dans la cours. Les autres équipes de cadets sont là également, et il ne sont pas plus frais que nous. Au moins ça de gagné.

 

Quelle heure est-il ? Il fait encore noir. Vraiment noir. L'heure de dormir, quoi.

 

Un froid vif nous mord le visage et les mains. A chaque respiration apparaît un petit nuage.

 

Nous nous alignons correctement par équipe. Chaque instructeur-référent doit faire l'appel. Comme si nous avions pu nous perdre entre le dortoir et la cours principale... Enfin le Capitaine prend la parole. Je constate, agacé, que lui a fière allure. Nous avons enfin l'explication de tout ce remue-ménage : il s'agit là d'un EXERCICE. Magnifique. Je dois cauchemarder, c'est sûr. Ils sont complètement dingues. Je grelotte.

 

Au salvateur "rompez les rangs" nous repartons en petites foulées vers le bâtiment, mais rendus dans les couloirs nous volons littéralement vers le dortoir.

 

Dans quel état serons-nous demain ?

par anael
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Dimanche 21 octobre 2007
Décidément, je n’aime vraiment pas les cours en salle. C’est pour moi une double punition : non seulement je suis enfermé entre quatre murs, mais en plus ces cours sont dispensés par le Lieutenant Lodred. L’antipathie que j’ai ressenti pour lui dès mon arrivée à la caserne est réciproque. Il a vraiment le don de m’exaspérer au plus haut point.

 

Il sent véritablement venir les moments où je « décroche », quand mon esprit tente de s’évader, et ne se prive pas de réprimander vertement, de me rabaisser et d'essayer de me pousser à bout. Je suis pour le moment un modèle de patience, mais je ne sais pas jusqu’à quand ça va durer.

 

Heureusement, je peux me défouler en escrime, en équitation et au tir à l’arc. Si je ne suis pas exceptionnellement doué en équitation je peux cependant me targuer d’avoir quelques prédispositions, d’après mes professeurs, pour le maniement de l’épée et le tir à l’arc. C’est un peu réconfortant, parce que côté classe…

 

Le pire c’est indubitablement lorsque nous étudions l’histoire des communautés elfiques, et que nous abordons les guerres et les massacres provoqués par les mages noirs. Je sens alors les regards hostiles des autres s’attarder sur moi. Est-ce de ma faute si je suis issu d’une lignée de mages noirs et de sorcières ? On ne choisi pas ses origines. De toute façon je ne renie rien. La magie noire fait partie intégrante de moi. Je l’ai accepté.

par Anaël
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Dimanche 21 octobre 2007
Les corvées ne sont pas les activités les plus agréables de notre emploi du temps. Mais nous avons trouvé la parade : chacun peut raconter une histoire pendant ce temps afin de rendre la tâche plus attrayante. L'histoire peut être véridique ou être un conte, voire même être inventée de toute pièce. Certains d'entre nous se découvrent de véritables dons de conteurs. Amusant.

 

Cet après-midi nous sommes coincés à l'écurie pour l'entretien du matériel : nettoyer et graisser les cuirs, laver les aciers à l'eau claire... Vu la taille appréciable de la sellerie, nous en avons pour un bon moment.

 

Le père de Rodric fait partie de la garde royale : il est Lieutenant. Aussi il lui arrive d'apprendre des choses qui ne devraient pas arriver à nos oreilles normalement. Comme le père est aussi volubile que le fils, nous l'avons intronisé fournisseur officiel de potins en tous genres. Nous sommes d'autant plus avides de ces détails croustillants qu'ils sont véridiques.

 

Rodric commence une histoire qui va s'avérer être plutôt intéressante pour moi. Notre équipier prend la parole pendant que nous commençons à démonter filets et étrivières :

 

- Ouvrez bien vos oreilles, les gars, parce que ce que je vais vous raconter aujourd'hui va vous stupéfier. Je vais vous parler d'Elias.

 

Gaël fait une grimace.

 

- Le cinglé qui fait office de palefrenier-soigneur ?

 

Rodric sourit.

 

- Oui, celui-là.

 

Abel réagit :

 

- Moi, il me fait plutôt peur. Vous savez bien que c'est un...

 

Il s'arrête et me regarde en coin. J'hausse les épaules, l'air interrogateur. Je ne sais pas qui est Elias, je n'en ai pas encore entendu parler. Qu'est-ce qu'il a à voir avec moi, celui-là ? Les autres aussi ont l'air étonné.

 

Rodric reprend :

 

- Oui, excusez-moi, je dois d'abord le présenter, pour ceux qui ne le connaissent pas. Elias, c'est celui qui soigne les chevaux, celui qui prépare les remèdes, les onguents et les pommades. Il est bizarre, solitaire et renfermé. Et puis quand on le voit arriver on a qu'une envie : détaler. Il a le côté droit du visage complètement défiguré par de grosses cicatrices. On dirait qu'il s'est fait griffer par un ours ou quelque-chose comme ça. Il y a même une cicatrice qui passe juste sur son oeil droit, qui est d'ailleurs tout abîmé : il est tout vitreux.

 

Quelques "baaaaaaah" et des "beuuuuurk" inspirés fusent ici et là. Je plonge quelques mors dans un seau d'eau et me mets à les brosser énergiquement en me disant que ce fameux Elias a plutôt l'air d'être un pauvre type qui n'a pas eu de chance.

 

- Attendez, c'est pas fini ! Sont autre oeil est noir comme le charbon et ses cheveux sont roux. Mais pas un roux doré comme on en voit chez nous. Non. Ils sont presque rouges. Rouge comme le sang.

 

Léandre éclate de rire.

 

- Et bien il a l'air engageant, ce type !

 

- Attends ! Le pire ce n'est pas son apparence. C'est en fait...

 

Il s'arrête et me regarde un peu gêné. Abel et Gaël baissent la tête, et frottent tellement leur selle avec leur morceau de savon glycériné que la mousse en dégouline sur le sol.

 

J'arrête de patouiller dans mon seau. Il commence à m'agacer et je lui lance, un peu vivement :

 

- Ben quoi ? Vas-y à la fin !

 

- Euh... Et bien en fait, sa mère est une sorcière.

 

Je sursaute tellement que j'envoie de l'eau partout.

 

- Quoi ???

 

- Ben oui. Il est lui aussi un peu versé dans la magie noire.

 

Je n'en reviens pas. Alors je ne suis pas le seul, dans ces murs ? Ce gars-là est exactement comme moi !

 

Rodric reprend, plus sûr de lui.

 

- Mais en fait ce n'est pas ça le pire... (merci pour "le pire", au passage) Je vais vous en apprendre une bien bonne.

 

Le voilà qui ménage son effet maintenant. Il m'énerve !!! Mais on peut dire que ça marche : les autres sont carrément suspendus à ses lèvres.

 

- A ce qu'il paraît... c'est LE FILS DU CAPITAINE !!!!

 

Alors là, chapeau. On est tous ébahis. Le fait que le Capitaine puisse avoir un rejeton caché, et qu'en plus il l'ai eu avec une sorcière paraît complètement inimaginable. Dément, même. Surtout quand on sait qu'il est marié avec une elfe de noble lignage, et qu'il a déjà deux filles (Des pimbêches, ces deux-là, à ce qu'il paraît).

 

Mais maintenant je comprend un peu mieux pourquoi il m'a accepté dans la garde.

par Anaël
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  • : Je m'appelle Anaël. Je suis un elfe sylvestre… Voici mon journal intime. Vous y trouverez mon histoire, mes joies, mes peines... J'aime échanger à l'occasion quelques mots avec les humains. Si les autres elfes de mon clan l'apprenait ça serait bien mal perçu, mais, de toutes façons, je ne suis pas vraiment apprécié parmi les miens...

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